JDPP bureau inverseUn calendrier bien chargé...

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

 

L’été, plutôt agité, a confirmé le grand paradoxe qui explique la volatilité des marchés financiers. Prenons un peu de recul. Le cycle économique connait des phases d’expansion qui conduisent naturellement à des hausses de salaires et de prix, suivies de phases d’essoufflement liées au surinvestissement. Traditionnellement, les banques centrales interviennent pour freiner l’emballement en remontant les taux d’intérêt lorsque l’inflation accélère puis en baissant les taux d’intérêt lorsque le ralentissement de l’économie se confirme et qu’il est souhaitable de stimuler l’activité.
Depuis la grande crise financière de 2008, les banques centrales ont décidé d’agir par anticipation en baissant systématiquement les taux d’intérêt, pour oxygéner en abondance l’économie et favoriser les Etats surendettés. En achetant massivement les dettes sur le marché, elles ont déconnecté le niveau des taux d’intérêt de la réalité économique. Les indicateurs de croissance et d’inflation, fortement perturbés par le niveau artificiel des taux, semblent avoir perdu leur signification habituelle et ne permettent plus de suivre le déroulement du cycle économique.

En l’absence de repère et d’historique de référence susceptibles d’éclairer le présent à l’aide de l’expérience passée, établir un diagnostic économique est devenu problématique, voire hasardeux.
Aujourd’hui, plus de 17 000 milliards de dollars de dette mondiale génèrent des taux d’intérêt négatifs. L’épargnant se trouve dans l’obligation de financer par une rémunération négative de son placement l’endettement des Etats. Un tel contexte est sans précédent. Simultanément, les banques centrales prennent progressivement conscience de la douteuse efficacité de leur arsenal monétaire.
Cette situation explique à la fois les revirements de la FED depuis un an, la détermination de Mario Draghi et le comportement imprévisible des marchés financiers dépourvus de repères pertinents.
En effet, comment expliquer que les taux aient atteint leurs plus bas historiques alors que la croissance mondiale, même si elle ralentit, demeure significative !
Soit, les banques centrales anticipent le pire ce qui justifierait l’ampleur inédite des mesures mises en œuvre. Mais alors, de quels moyens disposeront-elles lorsque surviendra la tempête alors que les ressources auront été dilapidées par mer calme ou agitée ? Soit, elles se sont laissé emporter par un usage excessif des outils monétaires et il est probable que des forces de rappel rétabliront une forme normale de rémunération du risque par une remontée des taux d’intérêt.
Dans le premier cas, il faudrait se préparer à une forte baisse des cours des actions du fait d’un effondrement des profits des entreprises. Dans le second cas, la valorisation des sociétés devrait subir une forte dégradation du fait d’une remontée conséquente des taux d’intérêt. En fait, une troisième interprétation semble s’imposer : les intervenants du monde économique, banques centrales incluses, sont devenus malvoyants dans un environnement de taux négatifs qu’ils découvrent progressivement, sans l’aide de leurs instruments de mesure habituels, devenus inopérants.
Si on se réfère à du tangible, la dynamique de baisse des taux est un puissant soutien des marchés financiers, de plus, les résultats des sociétés au 2ème trimestre ont été satisfaisants même si les prévisions des analystes continuent de se détériorer.
En revanche, devant nous, se profilent les déclarations des grandes banques centrales en septembre, la plupart des secteurs manufacturiers en récession, l’issue inconnue du Brexit fin octobre, les conséquences de la guerre commerciale sino-américaine …, le calendrier des deux mois à venir est bien chargé !

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