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Regardons devant.

Par Jacques de Panisse Passis

Président du Directoire, Gérant et Associé

Tous espèrent une reprise en « V » et interprètent le rebond des statistiques post-confinement comme une confirmation de la sortie de crise.

Les chiffres sont là, dans presque tous les pays, ils montrent une forte progression qui nous éloigne des niveaux abyssaux atteints en mars / avril. Naturellement, après une chute brutale, l’inversion de tendance est déjà un soulagement, mais celui-ci se transforme en engouement lorsque le redémarrage s’apparente à un sursaut.

Encore hier, les Etats-Unis ont annoncé que les créations d’emplois salariés avaient atteint 4,8 millions en juin. Et ce matin, ce sont les indices PMI chinois Caixin qui surprennent favorablement. L’observateur attentif se plaît à mesurer le chemin parcouru depuis les plus bas puis, porté par son enthousiasme, prolonge le trait.

Les indices boursiers ont d’ailleurs traduit avec ardeur ces dispositions encourageantes. A ce jour, la plupart des indices d’actions ont récupéré une grande partie de leur baisse, 67% pour l’Eurostoxx-50, 80% pour le Standard & Poors 500, 75% pour le TOPIX et 114% pour le NASDAQ. Le marché boursier américain vient d’enregistrer sa meilleure performance trimestrielle depuis 1998 !

Manifestement, les banques centrales et les gouvernements, par le biais de politiques monétaires et budgétaires ultra généreuses, sont parvenus à juguler la crise et à relancer la machine économique.

Le niveau dérisoire ou négatif des taux d’intérêt oriente les investisseurs vers les actions. Le courant est tel que les cours ne peuvent que progresser. La valorisation des actions est secondaire face aux injections de liquidités considérables.

La reprise en « V » justifie de placer dorénavant entre parenthèses cet incident de parcours, de toute façon artificiel puisqu’il fut décidé sciemment, à des fins sanitaires.
Tels sont les arguments mis en avant par la majorité des intervenants.

Les moyens considérables déployés par les banques centrales et les gouvernements ont un impact indéniable sur la demande et l’offre. Cependant le niveau de valorisation déjà atteint et le rythme de progression des indices semblent difficiles à maintenir face à l’incertitude sanitaire, aux Etats-Unis notamment, à la dégradation anticipée des résultats 2020 ( -45,6% par rapport à 2019, en Europe), à la lenteur avec laquelle seront retrouvés les niveaux pré-Covid (pas avant 2023 dans la plupart des cas), à l’instabilité qui pourrait résulter des tensions internationales et des élections américaines.

Bien sûr les chiffres révèlent des améliorations sensibles mais les références sont tellement basses que les progrès effectués masquent la longueur du chemin qui reste à parcourir pour retrouver les niveaux de 2019. De plus il semble normal que les réactions au lendemain d’une période de confinement veuillent compenser une absence prolongée de consommation. Doit-on considérer que les niveaux de juin se maintiendront pour autant ? Le temps partiel, les licenciements, les faillites vont croître progressivement et sans doute inciter à une réserve grandissante. Enfin, si de nombreux secteurs retrouveront leurs métriques antérieures certains, comme l’aéronautique ou l’automobile, pourraient demeurer durablement affectés et, dès lors, fragiliser de nombreux fournisseurs et sous-traitants.

En final, il ne paraît pas évident que les plans de relance parviennent à compenser la dégradation qui se profile. Il nous semble que les mois à venir réservent de grandes incertitudes.

Du fait des prêts et des subventions, les conséquences tangibles de la crise sont encore peu perceptibles. Les aides ont évité une crise systémique, mais surtout elles ont décalé dans le temps les effets déstabilisateurs de la récession qui demeurent pour la plupart devant nous. En prenant à revers une psychologie ambiante persuadée qu’une reprise en « V » est déjà bien engagée, la réalité économique pourrait, vers la fin de l’été, bousculer l’optimisme béat actuel.

Prudence et patience semblent incontournables en attendant le retour d’une certaine visibilité qui révèlera la dimension des maux qui nous attendent et le temps requis pour les surmonter.

Le 3 juillet 2020

 

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